_ Alors Frœude, comment se porte notre mangeuse d'homme ? A t-elle dit quelque chose ? Demanda le chirurgien.
_ Non, elle s'est retirée en catatonie on est pas prêt de lui faire ouvrir la bouche, dit l'autre avec un demi sourire.
Larie se gratte la tête et levant le bras en l'air et tendant le doigt vers le plafond dans un réflexe typiquement flico-televisuel se retourne vers les deux
hommes.
_ Heu excusez moi messieurs, docteur Freud ? De la famille ?
_ Non, rien à voir, simple prédestination nominale.
_ Étonnant.
_ Et vous allez rire, mon beau père s'appelle Mr Lairbag.
_ Oui et ? Je ne vois pas...
_ Il est propriétaire d'une casse automobile.
_ Marrant ça.
_ Oui, il a 83 ans, ce qui fait de lui le premier Lairbag sur le marché automobile au monde.
_ C'est donc l'esprit détendu que nous allons pouvoir aborder le sujet qui nous intéresse. Dit le chirurgien aux deux hommes.
_ Oui bien sur, dit Larie qui n'en avait aucunement l'intention au départ et qui, voyant l'entrevue prendre ce tour aussi professionnel s'était rapidement adapté.
Il trouverait bien l'occasion de revoir ce chirurgien seul à seul un peu plus tard. Depuis le temps qu'il gardait son petit problème pour lui, il n'aurait pas de mal à le taire encore un peu. Il
s'intéressa donc au rapport détaillé que pourrait lui faire les deux professionnels ce qui lui permettrait d'avancer un peu sur cette enquête de routine bien plus ecoeurante que
captivante.
Qu'il était loin le temps des courses poursuites et des espoirs fous, ne restait aujourd'hui que le temps passé qui avait blanchit ses tempes et dressé sur ses
illusions la barrière de la routine. Mais pour la justice même les chiens écrasés avaient le droit que l'on découvre leur vérité surtout lorsque ces chiens écrasés étaient des êtres humains,
aussi...
_ Bien, dit-il, alors de sa part, nous n'avons actuellement aucun élément nous permettant de savoir exactement ce qu'il c'est passé ?
_ Non inspecteur et d' après ce que je sais le jeune pompier qui s'est chargé de la réanimée est le dernier à l'avoir vue la bouche ouverte.
_ Comment vas t-il ? Demanda le chirurgien.
_ Je me suis entretenu avec lui tout à l'heure, je ne vous cache pas qu'il mettra un peu de temps à s'en remettre. Comme il me l'a dit, pour lui il y aura désormais
un avant et un après. Mais c'est un professionnel il surmontera cette … heu... épreuve.
_ Oui, je vais tacher de prendre sa déposition avant qu'il quitte vos locaux.
_ Je lui ai dit qu'il pouvait rentrer chez lui, désolé inspecteur.
_ Ce n'est pas grave, je le verrai plus tard.
Il fouille dans sa veste à la recherche d'une carte. Il la trouve et la tend au psychiatre.
_ Vous voudrez bien me prévenir quand elle sortira de son mutisme s'il vous plait docteur ?
L'autre lui prend la carte et la contemple un instant avant de relever les yeux.
_ Monsieur l'inspecteur, je ne sais pas si je me suis bien fait comprendre.
Larie hausse un sourcil.
_ Je ne sais pas si elle sortira un jour de son mutisme, je ne sais pas si elle bougera un jour, vous ne vous rendez pas bien compte de l'atteinte qu'on put
provoquer ses actes sur sa psyché.
_ Que voulez vous dire, qu'elle est folle ?
_ Non, je veux dire que je réserve mon diagnostic et surtout que je ne vous promet rien, monsieur l'inspecteur.
Larie se tourne vers le chirurgien.
_ Ne me reste plus que la victime alors.
_La victime était coupable, chuchote Froeude, bon titre pour un journaliste.
Mais il ravale rapidement le sourire qui commençait à poindre à la commissure de ses lèvres et recule légèrement face aux regards chargés de reproches des deux
hommes.
_ Donc, la victime, dit Larie en se tournant vers le chirurgien et faisant du même coup abstraction de la mauvaise blague.
_ Il doit être en train de digérer la nouvelle pour le moment, dit le chirurgien, je vous demanderait de le ménager un petit peu.
_ Oui... hum... donc il ne sait pas pour la fille ?
_ Concernant son état ? Non. Qu'il accepte déjà le sien, ce sera beau.
_ Bien, merci messieurs, dit l'inspecteur en serrant la main de ses interlocuteurs, j'y vais.
Mais on sentait bien qu'il ne voulait pas y aller et d'ailleurs personne ne le poussait vers la porte, appelons ça de la solidarité masculine. De l'empathie mal
placée ou un refus bien compréhensible d'affronter certaines réalité. Ce n'est pas drôle mais c'est le boulot, enfin il ouvrit la porte et s'engagea dans le long couloir blanc avec un soupir
résigné.
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